La lumière intense pulsée pour le photorajeunissement
Sílvia Karina Kaminsky Jedwab et Caio Roberto Shwafaty de Siqueira École Paulista de Médecine, Université fédérale de São Paulo, et Skinlaser Brésil, São Paulo, Brésil (Sílvia Karina Kaminsky Jedwab) Faculté de médecine de Botucatu, Université d'État de São Paulo, São Paulo, Brésil (Caio Roberto Shwafaty de Siqueira)
Résumé
La lumière intense pulsée (IPL) est une technologie lumineuse polyvalente non laser qui constitue un outil essentiel en dermatologie. Elle est largement utilisée pour le traitement de la peau photovieillie. Elle est également employée pour l'épilation, le traitement de l'acné et celui des lésions vasculaires. L'IPL agit par photothermolyse sélective pour réduire les taches brunes, les télangiectasies, les rides et le relâchement cutané (photorajeunissement) causés par une exposition solaire chronique. Ce chapitre aborde tous les aspects de la physique à la base de la technologie IPL, ses indications cliniques, les modalités de traitement et les complications possibles.
Mots-clés IPLPhotorajeunissementPhotovieillissementTaches brunesTélangiectasiesRidesRelâchement cutané
Introduction
L'apparence de la peau constitue un motif de consultation dermatologique en croissance constante, aussi bien pour des raisons esthétiques visant à préserver la jeunesse cutanée que pour des raisons médicales, telles que le traitement et la prévention des maladies de la peau. C'est pourquoi le nombre d'interventions visant à améliorer la qualité de la peau à l'aide de dispositifs lumineux laser et non laser augmente chaque année (El-Domyati et al. 2015).
L'objectif principal de ce chapitre est d'aborder l'ensemble des questions relatives à l'utilisation de la lumière intense pulsée (IPL) pour le photorajeunissement cutané. Cette modalité thérapeutique est populaire car elle n'endommage pas l'épiderme, ce qui limite les effets indésirables et réduit au minimum la période d'éviction sociale (El-Domyati et al. 2015).
Concepts fondamentaux
Biologie du photovieillissement
Le processus de vieillissement cutané résulte à la fois de facteurs extrinsèques et intrinsèques (tableau 1) (Balibas et al. 2010 ; Friedmann et al. 2014).
| Facteurs intrinsèques | Facteurs extrinsèques |
|---|---|
| Sénescence chronologique des fibroblastes dermiques | Exposition chronique aux rayons UV |
| Diminution de la production de collagène et d'acide hyaluronique | Pollution |
| Matrice dermique extracellulaire altérée | Fumée de tabac |
| Production d'espèces réactives de l'oxygène et de protéine activatrice 1 | |
| Expression accrue des métalloprotéinases | |
| Fragmentation accrue des fibres de collagène | |
| Diminution des taux de TGF-β1 | |
| Réponse inflammatoire chronique | |
| Défauts du système de réparation de l'ADN |
Les facteurs intrinsèques sont liés à la sénescence chronologique des fibroblastes dermiques, qui entraîne une diminution de la production de collagène et d'acide hyaluronique, à l'origine d'une matrice dermique extracellulaire altérée (Goldberg 2012 ; Friedmann et al. 2014).
Les facteurs extrinsèques sont liés à une exposition à long terme et chronique aux rayons ultraviolets (UV), généralement d'origine solaire, à la pollution et à la fumée de tabac. L'ensemble de ces facteurs favorise la dégradation et la fragmentation des fibres de collagène par la production d'espèces réactives de l'oxygène et de protéine activatrice 1, qui induit une expression anormale accrue des métalloprotéinases matricielles, principaux agents responsables de la destruction des fibres de collagène (El-Domyati et al. 2015 ; Friedmann et al. 2014).
Sur une peau saine, le facteur de croissance transformant-β (TGF-β) stimule la production de collagène (Ali et al. 2013). Sur une peau photolésée, les taux de TGF-β1 sont diminués, ce qui entraîne une réduction de la synthèse de collagène. Il en résulte des taux insuffisants de collagène I et III dans la matrice dermique (Ali et al. 2013 ; El-Domyati et al. 2015).
Par ailleurs, il est bien établi que la réponse inflammatoire chronique induite par une exposition prolongée aux UV entraîne des dommages permanents de l'ADN. Au niveau cutané local, les UV peuvent provoquer la formation de photoproduits de l'ADN, l'isomérisation de la forme trans en forme cis de l'acide urocanique dans la couche cornée, et l'altération du potentiel redox membranaire induite par les UV. L'ensemble de ces événements déclenche une réponse immunitaire induite par les UV, responsable d'effets immunosuppresseurs, de mutagénèse et de cancérogenèse liées aux UV. Les voies de réparation de l'ADN ne sont plus capables de détecter et de réparer efficacement les défauts de l'ADN, ce qui entraîne la réplication et la transcription de gènes endommagés. Outre les conséquences cancérogènes et mutagènes évidentes, ces événements modifient également la demi-vie normale des cellules épidermiques, entraînant une prolifération excessive, voire anormale, des mélanocytes dans la couche basale et des kératinocytes dans la couche de Malpighi respectivement (Bolognia et al. 2008).
Cliniquement, l'ensemble de ces événements se traduit par un relâchement cutané, un hâle chronique, des rides, des télangiectasies, une peau rugueuse et tombante, ainsi que des lésions mélanocytaires (telles que les lentigos et les éphélides), l'ensemble étant désigné sous le terme de photovieillissement (Gold et Biron 2013 ; Sasaya et al. 2011).
Biophysique de l'IPL
Les dispositifs à IPL sont des sources de lumière de haute intensité non laser et non ablatives qui utilisent une source lumineuse à lampe flash au xénon de haute puissance pour produire une lumière diffuse polychromatique, non cohérente et non collimatée, avec une large plage de longueurs d'onde (500–1 300 nm). Ils émettent simultanément des longueurs d'onde vertes, jaunes, rouges et infrarouges (Mattos et al. 2009; Balibas et al. 2010; Goldberg 2012; Ali et al. 2013; El-Domyati et al. 2011; Friedmann et al. 2014).
L'IPL a été approuvée pour la première fois par la Food and Drug Administration (FDA, États-Unis) en 1998 pour le traitement de la peau photovieillie.
Aujourd'hui, plus de 300 dispositifs à IPL différents sont disponibles sur le marché. La dernière génération de dispositifs est beaucoup plus sûre, car tous intègrent des fonctions de protection visant à prévenir les dommages de l'épiderme liés à une chaleur excessive. La plupart utilisent des systèmes de refroidissement à interface en saphir ou en quartz pour assurer cette protection au niveau de la couche épidermique (Goldberg 2012). L'impulsion lumineuse est généralement unique, mais elle peut être double ou triple selon le dispositif, avec une distribution d'énergie régulière et un pic de flux survenant en début de tir, de forme carrée. Il n'est pas possible de délivrer de l'énergie en nanosecondes comme avec les lasers à commutation Q. Ce système évite un échauffement prolongé de l'épiderme et permet de traiter la majorité des chromophores simultanément en un seul tir. La durée de l'impulsion doit être inférieure ou égale au temps de relaxation thermique (TRT) des structures cibles pour éviter des dommages non sélectifs aux tissus environnants, mais elle doit correspondre à au moins 50 % du TRT des cibles pour induire leur mort cellulaire (Mattos et al. 2009; Balibas et al. 2010; Goldberg 2012). La peau saine a un TRT moyen de 10 millisecondes (ms). Les vaisseaux de 0,1 mm de diamètre ont un TRT de 10 ms ; les vaisseaux plus grands (0,3 mm) ont un TRT de 100 ms (Goldberg 2012).
La pièce à main permet au praticien de choisir la longueur d'onde qui sera appliquée sur la peau du patient. Ces filtres de coupure bloquent les longueurs d'onde les plus basses non souhaitées pour le traitement, mais ne filtrent pas les longueurs d'onde plus élevées. Les filtres habituellement disponibles sur le marché sont de 400, 515, 540, 550, 560, 570, 590, 595, 615, 650, 695 et 750 nm (fig. 1). La fluence énergétique varie de 8 à 100 joules (J), et la durée d'impulsion de 5 à 100 ms, selon les dispositifs.
L'IPL agit au niveau cutané sur le principe de la photothermolyse sélective, décrit pour la première fois par Anderson et Parrish pour les lasers à colorant pulsé (Railan et Kilmer 2000). La peau saine contient des substances qui jouent le rôle de chromophores, c'est-à-dire des substances qui absorbent l'énergie en fonction de leur couleur intrinsèque pour la transformer en chaleur, telles que l'hémoglobine, le carotène, la mélanine et l'eau (fig. 2) (Goldberg 2012). Chaque substance possède sa propre courbe d'absorption lumineuse maximale et minimale (les longueurs d'onde moyennes d'absorption sont de 550–560 nm pour la désoxyhémoglobine, de 540 nm et 575–580 nm pour l'oxyhémoglobine, et de 400–755 nm pour les lésions vasculaires et la mélanine) (Friedmann et al. 2014).
La peau photolésée contient des quantités plus élevées de ces chromophores, distribués sous différentes formes (taches localisées ou distribution diffuse sur plusieurs couches). Ces substances sont capables d'absorber les photons pour les transformer en chaleur, qui détruit la cible colorée et dissipe la chaleur dans la zone environnante, favorisant l'activation de la production de collagène par les fibroblastes (collagène I et III) par l'activation des cytokines et la régulation à la hausse du TGF-β1 (Balibas et al. 2010; Ali et al. 2013).
La lumière de l'IPL cible tous les chromophores simultanément, en particulier la mélanine et l'hémoglobine. Les effets immédiats caractéristiques après application d'IPL sur la peau sont un assombrissement des lésions mélanocytaires, des télangiectasies estompées et une légère rougeur sur toute la surface traitée.
L'objectif du traitement des lésions vasculaires est d'élever la température des vaisseaux sanguins suffisamment pour provoquer leur coagulation, entraînant leur destruction et leur remplacement par du tissu de granulation fibreux. L'oxyhémoglobine (lésions rouges), la désoxyhémoglobine (lésions bleues) et la méthémoglobine peuvent être ciblées par l'IPL (pics d'absorption à 418 nm, 542 nm et 577 nm respectivement). Par conséquent, les meilleurs filtres IPL pour traiter les lésions vasculaires se situent entre 400 et 600 nm. Certains dispositifs permettent de monter un embout vasculaire sur la pièce à main, pour augmenter l'énergie délivrée uniquement au niveau de la cible souhaitée (fig. 1).
L'objectif du traitement des lésions pigmentaires est d'accélérer la différenciation rapide des kératinocytes induite par l'échauffement thermique, en utilisant la mélanine comme cible. Il en résulte un transfert vers le haut des mélanosomes détruits et non détruits le long des kératinocytes nécrotiques, qui sont ensuite éliminés sous forme de croûtes visibles dans les jours suivant la séance de traitement. Les filtres de coupure bas sont généralement le meilleur choix pour traiter les lésions mélanocytaires, habituellement autour de 400–540 nm (Goldberg 2012).
L'objectif du traitement du relâchement cutané et des rides est d'échauffer l'eau du derme pour stimuler les fibroblastes dermiques, ce qui augmente la synthèse des protéines de la matrice extracellulaire, telles que le collagène I et III et l'élastine. Les filtres de coupure élevés sont le meilleur choix pour atteindre ces objectifs, habituellement autour de 600–1 200 nm (Goldberg 2012; El-Domyati et al. 2011).
Les résultats histopathologiques qui confirment l'ensemble de ces modifications se traduisent par une augmentation du nombre de fibroblastes associée à une augmentation de la compaction, de l'épaisseur et de la densité du collagène. Cela témoigne également d'un remodelage collagénique. Par ailleurs, les papilles dermiques et les crêtes interpapillaires sont plus prononcées, ce qui montre un dépôt accru de collagène après les traitements IPL. Le pigment mélanique présente une distribution plus homogène au niveau de la couche basale. Le nombre et le diamètre des vaisseaux sanguins du plexus superficiel sont également réduits, chez un tiers des patients traités (fig. 3) (Scattone et al. 2012; Friedmann et al. 2014).
Aspects cliniques de l'IPL en pratique quotidienne
L'IPL est un outil essentiel dans le traitement de la peau photovieillie.
En premier lieu, le praticien doit déterminer le phototype de la peau photovieillie selon la classification de Fitzpatrick (tableau 2). L'utilisation de l'IPL sur des phototypes élevés (≥ IV) et sur une peau fortement photolésée (trop de cibles) nécessite des fluences plus basses, des durées d'impulsion plus élevées, l'activation des systèmes de refroidissement et plusieurs séances de traitement.
| Phototype | Couleur de peau | Caractéristiques |
|---|---|---|
| I | Peau blanche ; très claire, cheveux roux ou blonds ; yeux bleus ; taches de rousseur | Brûle systématiquement, ne bronze jamais |
| II | Peau blanche, claire, cheveux roux ou blonds ; yeux bleus, noisette ou verts | Brûle habituellement, bronze difficilement |
| III | Peau blanc crème, claire, quelle que soit la couleur des yeux ou des cheveux (le plus fréquent) | Brûle parfois légèrement, bronze progressivement |
| IV | Peau brune ; peau caucasienne typique des populations méditerranéennes | Brûle rarement, bronze facilement |
| V | Peau brun foncé ; phototypes des populations du Moyen-Orient | Brûle très rarement, bronze très facilement |
| VI | Peau noire | Ne brûle jamais, bronze extrêmement facilement |
La grossesse, l'allaitement, une peau infectée, la prise de médicaments photosensibilisants ou de rétinoïdes oraux, une photosensibilité liée à une maladie quelconque, des attentes irréalistes, les chéloïdes, les cicatrices hypertrophiques, le hâle solaire et les troubles cutanés photo-induits sont des critères d'exclusion du traitement (tableau 3) (Balibas et al. 2010).
| Critères d'exclusion |
|---|
| Grossesse |
| Allaitement |
| Peau infectée |
| Médicaments photosensibilisants / rétinoïdes oraux |
| Photosensibilité |
| Attentes irréalistes |
| Cicatrices : chéloïdes, hypertrophiques |
| Hâle solaire |
| Troubles cutanés photo-induits |
Le nombre de séances varie selon chaque patient, c'est-à-dire qu'il dépend du phototype et du degré de photovieillissement. Habituellement, quatre à six séances sont nécessaires pour obtenir une amélioration globale de la peau (fig. 4).
Avant le début du traitement en cabinet, le patient doit s'allonger sur un fauteuil de consultation confortable ; la zone de peau à traiter doit être nettoyée avec des lotions sans forte concentration d'alcool, pour éliminer le maquillage et la crème solaire. Des photographies doivent être prises, et un formulaire de consentement doit être signé, expliquant les effets et résultats possibles du traitement, ainsi que les complications éventuelles. L'utilisation de crèmes anesthésiantes topiques n'est pas nécessaire. En effet, elles peuvent provoquer une vasoconstriction, diminuant la quantité d'hémoglobine au niveau du site cible et réduisant les résultats globaux (Mattos et al. 2009).
Le patient et le personnel doivent porter une protection oculaire pendant toute la durée de l'application. La peau doit être recouverte d'une fine couche de gel transparent (comme ceux utilisés pour les examens échographiques), refroidi ou non.
Avant de commencer le traitement, le praticien doit prévenir le patient que la lumière va être déclenchée, pour réduire son anxiété (fig. 5). Habituellement, l'application commence avec les paramètres choisis au niveau de la bordure de la zone à traiter, en particulier les zones couvertes, pour éviter toute complication sur les sites exposés (Balibas et al. 2010). La pièce à main doit être appliquée perpendiculairement à la surface de la peau, en la touchant doucement. Après trois à quatre tirs, le traitement doit être interrompu et la peau inspectée.
Les critères immédiats de traitement sont une légère rougeur cutanée, l'assombrissement des taches brunes et l'estompement des télangiectasies (fig. 6).
Chaque tir doit chevaucher le précédent de 10 %. Lors du traitement de lésions isolées et résistantes, le praticien peut utiliser un écran en plastique perforé avec des tailles d'ouverture variables (fig. 7) ou de petits embouts spéciaux montés sur la pièce à main (fig. 1), pour délivrer une énergie plus élevée uniquement au niveau de cette cible (Balibas et al. 2010).
Si de l'urticaire, des cloques (fig. 4) ou une peau de ton gris sont observés, le traitement doit être interrompu immédiatement, les paramètres revus, et de la glace ou des substances rafraîchissantes ainsi que des crèmes corticostéroïdes topiques doivent être appliqués immédiatement, car ce sont des signes d'échauffement excessif de la peau, avec un risque de brûlure.
Dans les zones où de meilleurs résultats sont nécessaires, les tirs peuvent être appliqués deux fois, mais la seconde application doit être perpendiculaire à la première, pour éviter l'« effet zèbre ». Habituellement, les patients ressentent peu d'inconfort, de chaleur et de douleur pendant la séance. Tout symptôme différent doit alerter le praticien et l'inciter à revoir les paramètres utilisés, car cela peut signifier un échauffement excessif de la peau.
À la fin du traitement, le personnel doit appliquer un spray d'eau thermale et des crèmes apaisantes pour réduire la rougeur et l'inconfort cutanés, ainsi qu'une crème solaire à large spectre.
De manière générale, le praticien doit garder à l'esprit que les cibles doivent être traitées par couches, car c'est effectivement ainsi que les pigments excessifs sont distribués dans la peau. Il faut d'abord réduire les taches brunes plus foncées et les télangiectasies superficielles, puis stimuler le collagène au niveau des couches plus profondes. La plupart des complications surviennent lorsqu'on tente de détruire toutes les cibles, sur toutes les couches, simultanément, avec la même énergie élevée. Un autre rappel important est qu'il faut réduire les paramètres (énergies plus basses, durée d'impulsion plus élevée) lorsque le patient présente trop de cibles dans la zone à traiter, pour éviter un échauffement excessif de la peau.
Pour les phototypes ≤ III, le traitement peut commencer en choisissant les filtres 515–540 nm, 10–20 ms, 10–15 J/cm2. S'il y a trop de cibles, on utilise 15–20 ms, 8–13 J/cm2 (tableau 4). Au fur et à mesure de la progression du traitement, les cibles des couches moyennes diminuent, le praticien peut donc augmenter l'énergie délivrée et réduire la durée d'impulsion pour cibler les chromophores plus clairs restants (vaisseaux localisés, taches brunes plus claires) au niveau des couches superficielles, en utilisant des filtres plus bas, généralement appliqués spécifiquement sur la cible. Le praticien peut également augmenter l'énergie délivrée aux couches profondes, en utilisant des filtres plus élevés et des durées d'impulsion plus importantes pour stimuler le raffermissement cutané global.
Pour les phototypes ≥ IV, le traitement peut commencer en utilisant des filtres 570–695 nm, en cherchant à éviter les concentrations naturellement plus élevées de mélanine présentes dans la couche basale de l'épiderme chez ces phototypes : 20–100 ms, 6–10 J/cm2 (tableau 4). Au fur et à mesure de la progression du traitement, les cibles diminuent, le praticien peut donc augmenter l'énergie tout en conservant des durées d'impulsion longues et approfondir la pénétration de la lumière en utilisant des filtres plus élevés.
| Cibles | Phototype ≤ III | Phototype ≥ IV |
|---|---|---|
| Quantité faible à modérée | 515–540 nm 10–20 ms 10–15 J/cm2 |
570–695 nm 20–100 ms 6–10 J/cm2 |
| Quantité modérée à élevée | 515–540 nm 15–20 ms 8–13 J/cm2 |
570–695 nm 100 ms 6–8 J/cm2 |
Le processus de cicatrisation de la peau du visage diffère de celui des autres zones, car la densité plus élevée de glandes sébacées de la peau faciale permet une cicatrisation plus rapide grâce à une restauration cellulaire rapide. Ainsi, l'application d'IPL en dehors de la peau du visage nécessite une plus grande prudence, des fluences plus basses, des durées d'impulsion plus élevées, et un chevauchement des applications de lumière pour ne pas provoquer d'« effet zèbre ». Habituellement, il faut 7–10 jours pour que la cicatrisation de la peau faciale soit complète ; en dehors de la zone faciale, le temps de cicatrisation peut être doublé.
Les auteurs utilisent principalement les filtres 540 nm et 695 nm filters dans leur pratique dermatologique quotidienne, car ces deux filtres ciblent à la fois les chromophores superficiels et profonds de manière globale.
L'IPL peut être associée à d'autres traitements, avec ou sans dispositifs, au cours de la même séance. Il faut souligner que les paramètres choisis pour ces traitements multiples simultanés doivent être plus conservateurs, car différentes modalités de traitement de l'ensemble de la peau sont combinées au cours de la même séance.
Les auteurs ont l'expérience de la combinaison de l'IPL avec des lasers, des peelings chimiques et l'épilation laser au cours de la même séance :
- Laser Alexandrite 755 nm peut être utilisé lorsque les taches brunes sont résistantes à l'IPL, pour épiler quelques poils faciaux avant l'application de tout autre laser, pour les angiomes ou pour les télangiectasies plus larges.
- Laser Ruby 694 nm à commutation Q (QS) et laser KTP (phosphate de titanyl et de potassium) 532 nm QS peuvent être utilisés pour traiter les taches brunes plus claires résistantes à l'IPL et au laser Alexandrite.
- Laser Nd:YAG (grenat d'yttrium et d'aluminium dopé au néodyme) 1 064 nm à impulsion longue peut être utilisé pour les télangiectasies de plus de 0,1 mm et pour l'épilation des poils faciaux chez les patients à peau foncée.
- Laser Nd:YAG QS peut être utilisé pour le raffermissement cutané, pour traiter les taches de rousseur et les taches brunes plus claires, et pour réduire les pores sébacés.
- Lasers ablatifs fractionnés (CO2 10 600 nm et erbium 2 940 nm) peuvent être utilisés pour le raffermissement cutané, la réduction des rides, la réduction des comédons et l'amélioration de la peau âgée rugueuse.
Par ailleurs, l'IPL peut être associée à tous les types de peelings chimiques, tels que l'acide rétinoïde, l'acide glycolique, la solution de Jessner (une combinaison de résorcine, d'acide salicylique et d'acide lactique), l'acide salicylique, l'acide trichloroacétique (TCA), le phénol, l'acide mandélique, etc. Il faut souligner que l'association entre IPL et peeling chimique ne doit pas avoir lieu lorsque le critère de traitement a déjà été atteint par l'IPL elle-même et/ou que le patient rapporte une sensation de brûlure trop importante après le traitement IPL. Cela permet de prévenir les complications pouvant résulter d'un surtraitement de la peau.
Les injections de toxine botulique et les comblements à base d'acide hyaluronique peuvent être associés aux séances d'IPL, généralement immédiatement après la fin de la séance d'IPL.
Après le traitement, le patient doit utiliser à domicile des produits pour minimiser l'inflammation excessive. Dans tous les cas, le patient doit utiliser un écran solaire à large spectre, un gel nettoyant pour laver la peau traitée, un spray d'eau thermale pour soulager la sensation de brûlure, une crème corticostéroïde topique de faible puissance si le patient présente une sensation de brûlure ou de démangeaison plus forte, et une prophylaxie de l'herpès simplex s'il a des antécédents personnels de cette maladie (Balibas et al. 2010). Si le patient a été traité uniquement par IPL et/ou par des lasers non ablatifs, il faut utiliser des crèmes simples ou des crèmes gels, contenant généralement de l'alpha-bisabolol, de la vitamine C et des huiles essentielles (pépins de raisin, graines de tournesol). Si le patient a été traité par IPL associée à des lasers ablatifs, il faut utiliser des crèmes ou des pommades contenant des substances cicatrisantes ainsi que des agents antimicrobiens (cuivre, zinc, triclosan, pétrolatum).
Pendant les 7–15 jours suivant la séance, la peau traitée pèle doucement. Les taches brunes s'assombrissent et forment de petites croûtes, et les télangiectasies disparues peuvent réapparaître de manière estompée ou bleutée. Après un minimum de 7 jours après le traitement initial, le patient peut être soumis à d'autres interventions de cicatrisation/raffermissement, telles que la radiofréquence et les ultrasons microfocalisés.
Les effets indésirables possibles sont (tableau 5) les cloques, le purpura, la formation excessive de croûtes, l'érythème persistant, les dyschromies, la dermatite de contact irritante, l'atrophie, les cicatrices, les cicatrices hypertrophiques, la formation de chéloïdes et les infections (bactériennes et/ou virales) (Balibas et al. 2010; Friedmann et al. 2014). L'ensemble de ces effets peut être prévenu par une indication correcte, une individualisation des paramètres et le respect du phototype du patient. Les complications peuvent être divisées en deux groupes : les complications immédiates et les complications tardives.
| Effets indésirables |
|---|
| Cloques |
| Purpura |
| Croûtes excessives |
| Érythème persistant |
| Dyschromies |
| Dermatite de contact irritante |
| Cicatrices : atrophiques, hypertrophiques, chéloïdes |
| Infections |
Les complications immédiates sont celles liées à une énergie délivrée excessive dans la peau. Les causes possibles sont des paramètres incorrects : nombre de joules délivrés trop important ou temps de relaxation thermique trop faible, peau bronzée ou trop de cibles au niveau de la zone cutanée, et erreur de détermination du véritable phototype du patient.
Le patient peut présenter une douleur brûlante aiguë, de l'urticaire, du purpura, une peau grise et des cloques immédiatement après le traitement (fig. 4).
Lorsque ces symptômes surviennent, le praticien doit immédiatement interrompre l'intervention, appliquer des substances rafraîchissantes et une crème corticostéroïde de haute puissance sur le site cutané. Un laser de basse intensité (LIL) peut être appliqué quotidiennement sur les zones brûlées jusqu'à cicatrisation complète, car ce traitement bloque l'inflammation excessive. Les patients doivent continuer à utiliser à domicile des crèmes corticostéroïdes de moyenne à haute puissance, deux fois par jour, jusqu'à cicatrisation complète (habituellement 7–10 jours), et éviter le soleil par une protection physique et l'utilisation d'écrans solaires à large spectre.
Les complications tardives sont les cicatrices (atrophie, chéloïdes, cicatrices hypertrophiques), les infections, les allergies et les dyschromies, ainsi que l'hyperchromie post-inflammatoire (PIHE) et l'hypochromie post-inflammatoire (PIHO). Ce sont généralement des complications transitoires, qui disparaissent spontanément dans les 2–3 mois après leur apparition.
Les cicatrices (fig. 8) surviennent généralement après des épisodes de brûlure cutanée, en particulier après l'apparition de cloques. De manière générale, les cicatrices peuvent devenir blanches et atrophiques. Selon les antécédents du patient, des chéloïdes et des cicatrices hypertrophiques peuvent se développer dans des localisations spécifiques (ligne de la mâchoire, lobes des oreilles, poitrine, dos, cou, bras et abdomen).
Juste après la fin du processus de cicatrisation des complications immédiates, la peau peut présenter un érythème persistant. Cela peut signaler la poursuite d'une inflammation excessive, susceptible de déclencher la formation des cicatrices mentionnées. Pour les prévenir, outre le traitement des complications immédiates, le praticien peut appliquer de l'IPL en thérapie photodynamique sur la zone érythémateuse persistante chaque semaine (fluence très faible, entre 6 et 10 J, filtres 540–695 nm, durée d'impulsion de 100 ms), un LIL quotidiennement, et des crèmes anti-inflammatoires (crèmes corticostéroïdes de moyenne puissance, huile de rose musquée, huile de silicone). Si des cicatrices chéloïdes ou hypertrophiques surviennent malgré le traitement préventif, les cicatrices peuvent être traitées par infiltration locale de corticostéroïdes injectables ou de bléomycine, une fois par mois jusqu'à régression complète. Pour les cas de cicatrices chéloïdes résistantes au traitement par infiltration, des options chirurgicales peuvent être indiquées, comme le rasage de la lésion associé à une bêta-thérapie. Si des cicatrices atrophiques surviennent, elles peuvent être traitées par des lasers ablatifs fractionnés et des peelings chimiques (comme le peeling chimique de reconstruction chimique des cicatrices cutanées [CROSS]), en plusieurs séances, une fois par mois (fig. 9).
Les infections sont des complications rares, mais elles peuvent être graves car elles peuvent survenir soudainement sans avertissement. La plus fréquente est l'activation du virus de l'herpès simplex, qui peut entraîner une infection locale ou généralisée au niveau de la zone traitée (similaire à l'éruption varicelliforme de Kaposi observée sur la peau atopique). Les infections bactériennes sont rares et surviennent le plus souvent au niveau de sites cutanés contaminés (péribuccal, paranasal, périnée, mains, pieds, aisselles, sites atteints de folliculite bactérienne ou toute autre infection cutanée bactérienne), généralement causées par des bactéries à Gram positif (Streptococcus sp., Staphylococcus sp.). Les facteurs de risque sont les lasers fractionnés ablatifs de haute énergie, l'IPL de haute énergie, les complications par brûlure, les peelings chimiques de moyenne puissance (solution de Jessner associée au TCA) et les grandes zones traitées simultanément. La mesure la plus importante pour les prévenir est de les anticiper, en prescrivant une prophylaxie de l'herpès simplex aux patients ayant des antécédents lorsqu'ils sont soumis aux traitements listés ci-dessus (à commencer 1 jour avant le traitement), ainsi que des antibiotiques topiques et/ou oraux ou des crèmes antimicrobiennes topiques à utiliser après l'intervention, jusqu'à cicatrisation complète du site cutané traité. Nous ne recommandons pas de traiter par IPL un site cutané présentant une infection évidente, quelle qu'elle soit.
Les allergies sont rares ; elles peuvent survenir en cas de rupture de l'épiderme, entraînant une absorption potentiellement plus élevée d'allergènes et/ou de substances irritantes. Dans tous les cas, les substances allergènes connues signalées par le patient ne doivent pas être utilisées ; après le traitement, l'utilisation de crèmes favorisant une meilleure cicatrisation de la peau minimise les risques de dermatite de contact allergique et/ou irritante. Si une allergie survient, des crèmes corticostéroïdes de faible à moyenne puissance doivent être appliquées sur la peau deux fois par jour pendant 7–10 jours.
Les dyschromies sont la complication tardive la plus fréquente après les traitements IPL. L'hyperchromie post-inflammatoire persistante peut être traitée par des peelings chimiques superficiels (comme l'acide rétinoïde et la solution de Jessner), associés ou non au laser Nd:YAG QS 1 064 nm. À domicile, les patients doivent utiliser la formule de Kligman ou une formule similaire.
L'hyperchromie post-inflammatoire persistante disparaît dans les 3–12 mois après la complication.
Lorsqu'une hypochromie post-inflammatoire persistante survient, le praticien doit examiner le site à l'aide d'une lampe de Wood (LW). Si la zone est mise en évidence par la lampe, cela indique que l'hypochromie peut être réellement persistante, elle doit donc être traitée par photothérapie UVB à bande étroite chaque semaine jusqu'à cicatrisation complète.
Si la zone n'est pas mise en évidence par la lampe de Wood, cela indique qu'elle est transitoire, le praticien peut donc observer la cicatrisation naturelle ou tenter d'éclaircir la peau environnante par IPL et/ou peelings chimiques.
Pour tous les cas d'hypochromie post-inflammatoire, les patients doivent également éviter l'exposition solaire directe, utiliser des écrans solaires à large spectre et utiliser la formule de Kligman à domicile. L'hypochromie post-inflammatoire disparaît généralement dans les 3–15 mois.
Les séances de traitement IPL peuvent être répétées à des intervalles de 30–45 jours. Habituellement, les patients nécessitent trois à six séances pour obtenir une amélioration globale, mais il faut souligner que cela dépend des caractéristiques individuelles. De manière générale, le traitement permet une meilleure apparence clinique de la texture cutanée, une réduction de l'aspect tacheté et la disparition des lésions pigmentaires et vasculaires (Scattone et al. 2012; Gold et Biron 2013).
Messages à retenir
- L'IPL est un traitement essentiel pour les patients présentant une peau photovieillie.
- Les dispositifs à IPL sont polyvalents, mais il faut toujours garder à l'esprit que l'individualisation du traitement doit être la priorité pour atteindre avec succès les objectifs d'une peau jeune et saine.
- La détermination du véritable phototype du patient est la mesure principale pour éviter les complications et atteindre les objectifs principaux du traitement.
- Comme les lasers, l'IPL agit par photothermolyse sélective : les chromophores cutanés absorbent les photons de la lumière IPL, ce qui entraîne des dommages thermiques.
- Les soins post-séances doivent être soulignés, car cette mesure favorise une cicatrisation rapide de la peau et réduit les risques de toutes les complications.
Références
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